Valise faîte, premier travail en poche, je décolle en Tasmanie avec mon pote Nacho pour découvrir l’Australie sauvage !
L’arrivée à Hobart est à couper le souffle ! Depuis l’avion qui atterrit, j’observe ces grandes étendues vertes où se mélangent forêts, collines et bord de mer. De longues plages paradisiaques de sable blanc, à perte de vue. L’eau de la mer y est tellement claire. Dehors, je ressens les premières odeurs d’un air si pur. Le soleil me réchauffe, l’aéroport est presque désert. Bienvenue en Tasmanie!

Je retrouve mon pote Nacho dans le centre ville. Nous déjeunons et voilà qu’il se rend compte qu’il a oublié son portefeuille a Kmart, (le décathlon australien) ! C’est parti pour une course contre la montre et après 35 mns de bus, par une chance incroyable, il le retrouve.
Notre objectif est d’arriver à la ferme pour pouvoir commencer à travailler rapidement. C’est la fin de journée et nous avons 40 mns de trajet en voiture, mais… sans voiture !!
Nous décidons de passer la nuit à l’auberge (vraiment cheap : $13), un gars nous tend une bière et nous invite pour son anniversaire.
Dans cette auberge, le salon est immense avec 2 gros canapés, table de billard, fauteuils, guitares… la soirée commence et toute l’auberge est conviée ! Repas partagé, jeux, alcool jusqu’au bout de la nuit !
Le lendemain, je fais la rencontre de ma première grosse araignée !!

Alors que nous partons prendre le bus qui nous rapproche de la ferme, Nacho trouve une superbe voiture sur Marketplace (Facebook), et une heure plus tard, le vendeur arrive. Essai de la voiture, signature des papiers de vente chez le gars et nous voilà dans une belle Subaru, moteur neuf pour moins de 2 000 dollars. Direction la ferme !

~ La Tasmanie restera gravée à jamais dans mes souvenirs. Y fêter Noël et jour de l’an ont été
de si merveilleux moments, moi qui n’aime pas d’ordinaire, cette période de l’année. ~
Rassemblés dans une ferme perchée sur le haut d’une colline, je réveillonne avec de nombreux backpackers, autour d’un grand repas partagé où chacun a cuisiné un plat traditionnel de sa culture.
Une belle nuit autour d’un grand feu de joie entouré d’instruments de musique, de sourires et de pleins d’autres choses. Le lever de soleil et ma balade avec Nacho le long de la rivière, dans le silence, les oiseaux chantants… Le jour de l’an, c’est la fête dans la ferme puis je rejoins ma première « Bush Doof » (Comme une rave, festival en forêt) en pleine forêt d’eucalyptus, soleil levant entre les arbres. Hmmm
Comprendre l’univers du bush doof australien : https://www.vice.com/fr/article/rznbex/evolution-du-bush-doof-australien
Vendredi 13 janvier 2023.
C’est le grand jour ! Je ne vais pas travailler, je quitte Hansen ! Le travail est sous-payé par rapport à l’effort physique demandé : 12 kgs de cerises à porter toute la journée pour 12 dollars australiens (AUD).

En Australie, depuis l’été 2022 a été instauré un revenu minimum pour tous les travailleurs saisonniers en ferme, et revu à la hausse chaque année ($26.76 en 2022 puis $28,76 en juillet 2023).
C’est donc une superbe sécurité car dans le passé la paye se faisait proportionnellement aux nombres de seaux remplis (piece rate).
Pour ce revenu minimum (minimum rate), les fermes imposent donc un minimum de quantité à faire par jour. À Hansen, le minimum de seau, c’est 18 par jour mais pour moi et bien d’autres, impossible à faire.
À cela, se rajoute le « flicage » :
Contrôle des arbres, tu retournes sur ton arbre si tu as oublié quelques fruits dans un endroit inaccessible;
Contrôle du seau, qui doit être bien plein donc bien lourd, super !;
Contrôle de la qualité des cerises, interdiction de ramener des cerises sans queues ou doublées.
Allez, ciao ! Le camp était super et je quitte malgré tout des amis, Yoann, Étienne, Tom, Berlioz, Sarah, Aude et Flo, et Nacho mon ami espagnol, qui restent au camp.
Départ sur Cygnet !

Une dizaine de personnes quittent la ferme le même jour, pour ce lieu où se déroule un festival de village ambiance folk. Je me lance avec un autre français, en stop, direction le festival. Sur la route nous rencontrons un fermier, 2 infirmières avec qui nous passons 1h à la plage puis nous arrivons à destination.
Le village est incroyable et la musique est partout. Me voila dans l’ambiance hippie, scène dans le parc avec « food truck » et stands associatifs, ONG et fabrications traditionnelles.
Les gens déambulent dans les rues, les Pubs sont remplis d’artistes. Les environs sont magnifiques.
Tout est réuni pour souffler et profiter. Nous logeons au « caravan park », un lieu qui accueille campeurs aussi bien en tente, qu’en camion et Van. Le lieu dispose d’une cuisine d’été partagée et de sanitaires.
Nous sommes situés au cœur du village, le long d’une petite rivière et d’un grand terrain de foot pour faire du sport le matin. Je pose ma tente, je respire l’air tasmanien si pur.
~ De janvier à mars, c’est la saison des cerises en Tasmanie. L’île regorge de centaines de
fermes où les « backpackers » du monde entier viennent. ~
Lundi 16 janvier 2023.
Le lundi suivant, je réattaque le picking à Reid Fruits. C’est le début d’une nouvelle ferme bien différente : seaux de 8kgs contrairement à 12kg, arbres bien taillés, faciles d’accès et management tellement plus souple ! Je prends un réel plaisir la première journée et je dépasse les 30 seaux, ce qui me permet d
gagner $315 en un jour ! Bon, on va pas se mentir mais dès la deuxième journée, j’en ai déjà marre.
Le matin on se lève à 5h45 pour partir à 6h. Il fait 7 degrés et le soleil ne nous réchauffe qu’à partir de 9h.
Ce n’est pas un boulot compliqué mais très mental et tellement répétitif. Tu récoltes toute la journée les cerises une par une que tu mets dans ton seau, que tu vides quand il est plein, et tu recommences.
Autant te dire que si tu commences à réfléchir sur le sens de ce que tu es en train de faire, le pourquoi du comment… Tu pètes les plombs. Beaucoup des « pickers » (ceuilleurs) s’isolent en écoutant leur musique. J’ai choisi de rester connecter à l’arbre et à mon environnement sans écouteur, mais qu’est ce que c’est dur !
L’importance de l’énergie de groupe.
Tu cueilles seul mais tu es connecté aux autres. La vitesse de la cueillette dépend de la vitesse du groupe. Et le mental du groupe influe beaucoup sur l’individualité du cueilleur.
Dans une team lente, qui râle et transmet une énergie négative (souvent les débutants), il sera plus difficile de faire abstraction de son entourage et de réussir à trouver son rythme de travail.
Dans une team plus ou moins rapide, mais joyeuse et qui donne de la volonté dans la cueillette, il sera plus simple d’être entraîné par la force collective et d’améliorer sa vitesse de cueille en faisant abstraction de ses pensées intérieures.
A Hansen, dans la team des nouveaux (1ère saison), et en plus entouré de français, il a été très dur, voir impossible, pour moi de garder mon sang froid et ma motivation tout au long de la saison. C’est aussi une des raisons qui m’a fait partir.
Car oui, l’importance de l’entourage est constamment présente. L’énergie transmise par le groupe est plus puissante, et parfois même, pervertit les gens en son sein, à l’inverse d’un duo de deux personnes.
Je suis très sensible à cela.
De plus, la notion du temps (ou bien la question du temps de travail, dans mon cas) occupe une place centrale. Quand tu cueilles, l’enjeu est d’être le plus rapide pour se faire le plus d’argent. Je me rends alors compte que je ne me sens pas à l’aise face à cette idée de devoir « brutaliser » tout mon corps pendant près de 9h de travail en moyenne, chaque jour. Pire, je crois même que l’idée me terrifie.
Ces dernières années, j’ai besoin de calme et de lenteur. C’est une notion que je travaille, petit à petit, et que je ressens de plus en plus fort à l’intérieur de mon être, comme un appel à la lenteur, à chaque instant de ma vie. Un appel à la lenteur pour contrer nos sociétés dans lesquelles tout est rapide : informations, échanges, production, travail…
N’est-il pas temps de renouer avec un temps plus proche des besoins humains ? Un temps plus similaire à celui du rythme naturel, des saisons, afin aussi d’être plus respectueux de la vie et de ses cycles.
A bientôt.




